Fort de l'appui de deux cents confrères de la région Paca, il a donc décidé de dévoiler au grand public ce qu'il constate tous les jours dans le secret de son cabinet : l'apparition d'un nombre grandissant de cancers de la vessie, du poumon, des ganglions et du cerveau, dans les zones les plus polluées de la région Paca.
« Omerta concertée »
L'ennui, pour les médecins de cette association, c'est qu'ils s'attaquent à un sujet tabou sur lequel les pouvoirs publics font souvent peser une « omerta » concertée. Par exemple, des études très éloquentes de l'observatoire régional de la santé sur la fréquence de maladies respiratoires chez les enfants du pourtour de l'étang de Berre, mériteraient d'être diffusées, ne serait-ce que pour alerter les populations sur un problème grave de santé publique. Mais révéler ce foyer infectieux conduit à s'intéresser de près au fonctionnement de certaines industries pétrochimiques et à les obliger à réduire leurs émissions toxiques.
Or, la plupart de ces usines paient aux communes des taxes professionnelles qui dissuadent les élus de les désobliger...
La santé ou l'emploi ?
Second handicap à la diffusion de ce type d'informations : les habitants eux-mêmes. Ceux qui ont un mari, un oncle ou un fils qui travaille à l'usine et ne souhaite pas perdre son travail pour une question de pollution prétendue? La santé ou l'emploi ? Aussi incroyable que celui puisse paraître, la plupart des habitants concernés choisissent le second... au détriment de la première.
Joël Canapa (PC), vice-président de la région et secrétaire général de l'observatoire régional de la santé, n'ignore rien du problème et fait partie des rares qui n'en cachent rien : « Nous sommes en train d'établir une cartographie des cancers pour savoir où naît la maladie dans la région, où elle se développe et pourquoi. Les facteurs environnementaux semblent ne faire aucun doute mais c'est souvent la combinaison de plusieurs facteurs qui est cancérigène et il nous faut agir sur la température des ateliers, sur les postures de certains ouvriers, sur l'alimentation, la pollution de l'air et de l'eau en s'efforçant de promouvoir les énergies alternatives. »
Cancers à la hausse
La « schizophrénie » de l'Etat dans ce domaine pose aussi problème. La direction régionale de l'industrie est celle de la recherche et de l'environnement (DRIRE). Ceux qui sont censés encourager le développement industriel sont donc les mêmes que ceux qui doivent préserver l'environnement?
« En vingt ans, le nombre de cancers a augmenté de 65 % dans notre région et je peux vous dire que 85 % des cancers qui touchent les non-fumeurs ne sont pas expliqués, explique le Dr Souvet, « nous vivons une petite révolution avec la prise de conscience des médecins de leur rôle social et nous allons rappeler les institutions à leur responsabilité, en les incitant à suivre nos observations ».
Industriels et médecins : « collaboration inéluctable »
Le Dr Souvet souhaite d'ailleurs que les industriels travaillent avec les médecins. « Cette collaboration est inéluctable, il y va de l'intérêt bien compris de ces usiniers », estime-t-il.
Prochaines cibles des médecins : les pesticides qui engendrent des troubles cérébraux (lire page suivante), la pollution atmosphérique qui provoque 50 % d'augmentation d'asthmes et d'allergies dans des villes comme Marseille, Toulon et Nice. « Nous ne voulons pas la lune, conclut le Dr Souvet, « nous constatons qu'il y a en Paca trop de drames prématurés et nous voulons vivre en bonne santé le plus longtemps possible ».