Dans le laboratoire de mesures nucléaires du CEA de Cadarache, un ingénieur place le buste en marbre de Jules César pour qu'il soit radiographié et autopsié. : Photo Richard Barsotti Qu'en serait-il du monde si Jules César et ses légions avaient disposé de la puissance nucléaire ? 2000 ans plus tard, cette saugrenue question mérite d'être inversée : qu'est-ce qu'une source radioactive peut bien désormais révéler de l'âme impériale ?
Pendant quelques heures, hier, Jules César a en effet été radiographié, autopsié par le laboratoire de mesures nucléaires du CEA de Cadarache. Le buste de l'empereur d'une exceptionnelle qualité, découvert en mai à Arles et qui constitue la plus ancienne représentation connue à ce jour, trône désormais dans un vaste caisson aux parois étanches. Là, les ingénieurs le bombardent de photons, le scannent et, virtuellement, le découpent en tranches. Ils cherchent le souffle intérieur d'un homme de marbre au regard fier, au port encore altier malgré les rides naissantes.
Des pièces restaurées à Draguignan
C'est à la demande du musée de l'Arles Antique et de Luc Long, archéologue sous-marin et découvreur du chef-d'oeuvre, que les ingénieurs du CEA se sont lancés dans l'expertise de la matière et sur les traces de Jules César.
Grâce au dispositif Transec, généralement utilisé pour radiographier le béton isolant les éléments radioactifs, ils réalisent ainsi des coupes du buste, fait d'un marbre très dense. « Il s'agit de révéler des fissures », explique Laurent Sauvage, chef du laboratoire de mesures nucléaires. Trois broches, visibles sur les écrans, laissent suggérer que l'arrière du crâne de Jules César se serait un jour détaché. Les radiographies du CEA permettront donc de déterminer si ces attaches n'ont pas lézardé la structure interne du marbre.
« Ces examens nous seront extrêmement utiles », se réjouit Pascale Picard, conservatrice du musée de l'Arles Antique où sera conservé le buste, « cela va nous permettre de vérifier l'homogénéité de la structure, et donc de planifier les restaurations à venir ».
« Comme une enquête »
Outre le buste de Jules César, plusieurs pièces de l'exceptionnelle découverte arlésienne seront radiographiées : une statue de Neptune, un bronze représentant un homme aux mains liées et un autre célébrant la victoire. Les résultats seront ensuite transmis aux spécialistes, afin de planifier la restauration des pièces. Pour les bronzes, c'est le centre archéologique du Var de Draguignan qui s'en chargera.
L'examen mené par le CEA de Cadarache devrait servir d'autres objectifs : trouver des indices sur la manière dont ont été réalisées ces oeuvres, l'origine du marbre par exemple. Et, donc, apporter des éléments pour accréditer la thèse défendue par Luc Long, persuadé que le buste de César a été réalisé de son vivant, aux alentours de 46 avant J.-C.
Car selon lui, « le caractère naturaliste » de ce portrait ne laisse pas de doute : le visage de marbre présente les traits d'un homme au faîte de sa puissance et non ceux « d'un personnage idéalisé après sa mort », soutient-il.
Toutefois, les recherches menées par le CEA ne permettront pas de dater la sculpture. Alors, forcément, « c'est une deuxième vie qui commence pour elle », relève Luc Long, et une période d'inévitable controverse qui s'ouvre.
Les spécialistes de l'art romain, des archéologues de renom, des historiens de l'art vont se pencher sur l'acte de naissance du buste de César. « C'est comme une enquête » admet Pascale Picard, avec ces labos scientifiques, mais aussi sa « part de subjectivité ».
En tout cas, la pièce est un chef-d'oeuvre qui a déjà suscité un engouement mondial. « On est dans le registre de l'unique », se réjouit la conservatrice.