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mercredi 14 mai 2008

Thierry Frémaux : « Le début d'un nouveau cycle »

 Thierry Frémaux : « Le cinéma évolue, Cannes doit se faire l'écho de ces changements et éviter le repli sur soi »  :  Serge Haouzi Thierry Frémaux : « Le cinéma évolue, Cannes doit se faire l'écho de ces changements et éviter le repli sur soi » : Serge Haouzi

Lors de la présentation officielle du nouveau délégué général du Festival de Cannes, Gilles Jacob a expliqué que sa fonction d'ancien délégué artistique désignait naturellement Thierry Frémaux à ce poste « pour un festival qui place l'art au-dessus de tout ».

Plus confidentiellement, le président du Festival confiait que son successeur avait montré qu'il savait résister aux pressions inhérentes à cette lourde charge et qu'il savait aussi recevoir. Ce qui, selon Gilles Jacob, fait également partie intégrante de la fonction. « Ne sommes-nous pas un peu les ouvreuses du cinéma mondial ? » concluait, avec malice, le président du Festival.

Avant de mettre sa casquette d'ouvreur en chef et de se poster, aujourd'hui, en haut des marches pour accueillir le gratin de l'industrie cinématographique, Thierry Frémaux a répondu aux questions que l'on pouvait se poser sur la 61e édition du Festival de Cannes.

Qu'est ce que cela change pour vous de passer du statut de délégué artistique à celui de délégué général ?

Pas grand-chose depuis ma nomination, puisque j'ai passé les derniers mois enfermés à visionner des films comme auparavant. Ce qui va changer, c'est que je vais avoir en charge l'administration et la gestion quotidienne du Festival aux côtés de Gilles Jacob. Mais l'idée du Conseil d'administration qui m'a nommé, sur proposition de Gilles Jacob, c'était surtout que Cannes se mette en place pour répondre aux défis du présent et de l'avenir d'une manifestation comme celle-ci.

Dans quel esprit s'est fait le travail de sélection pour cette 61e édition ?

Nous avons travaillé avec l'idée qu'il ouvrirait un nouveau cycle. Le cinéma évolue, le Festival doit se faire l'écho de ces changements, rester en mouvement et éviter le repli sur soi. Concrètement, le processus de sélection a été particulièrement lent et difficile cette année en raison de l'abondance de l'offre (Plus de 4 000 films reçus dont 1 600 longs métrages), mais aussi, paradoxalement, du fait que beaucoup de nos « habitués » étaient encore au travail après avoir présenté leurs films l'an dernier pour le 60e anniversaire. La sélection a mis du temps à se construire, mais on s'en est bien sortis.

Certains films sélectionnés cette année n'étaient pas terminés. C'est une première ?

Cela nous est déjà arrivé par le passé (Apocalypse Now de Francis Ford Coppola avait été présenté comme une « version de travail » avant de recevoir la Palme N.D.L.R.) et cela risque d'arriver de plus en plus souvent. Quelques années en arrière, les films comme ceux de Clint Eastwood ou de Steven Soderbergh n'auraient jamais pu être terminés à temps pour être présentés à Cannes. Mais, grâce au numérique, les processus de postproduction sont plus rapides et ces films-là seront finis dans les délais. Paradoxalement, j'ai plus d'inquiétudes pour le film de Wong Kar-waï (Ashes of Time Redux) qui nous a habitués à livrer à la dernière minute. Cette fois, pourtant, il s'agit de la reprise d'un film qui date de 1994. Mais il continue à travailler dessus ! (rires)

Quels sont les thèmes qui ressortent de la sélection ?

Il y a là beaucoup de propositions de cinéma différentes, presque une par film. C'est difficile de thématiser. Mais si je vous disais que le thème commun c'est l'amour, je ne me tromperais sans doute pas beaucoup...

Que s'est-il passé avec la sélection française, pourquoi cette longue hésitation sur le troisième film ?

Faire une sélection n'est pas une science exacte. Le processus, qui a été très tardif, a fait qu'en même temps qu'on discutait de certains films, on en voyait d'autres qui venaient d'arriver. Il a donc été décidé de faire un complément d'annonce, comme on le fait de temps en temps. Le film d'Andrej Wajda L'Homme de Fer avait même été sélectionné durant le Festival, en 1981, et il a gagné la Palme d'Or ! On peut souhaiter aux derniers sélectionnés une aussi belle chance...

Est-ce parce que le cinéma d'auteur français traverse une crise qu'il est si bien représenté cette année à Cannes ?

Cannes défend le cinéma d'auteur, mais aussi tous les cinémas. Le Festival a toujours dit que le cinéma d'auteur devait être soutenu. Mais c'est par leurs qualités propres que ces films-là figurent dans la sélection. On ne choisit pas un film pour des raisons humanitaires. Cannes reste un festival d'art.

Indiana Jones 4, c'est de l'art ?

Sur l'équilibre général de la programmation, le Festival essaie toujours de mêler un cinéma d'auteur et un plus glamour, représenté, cette année, par Indiana Jones. Ce sera un bel événement. Les festivaliers ont grandi avec le personnage d'Indiana Jones et Steven Spielberg avait vraiment envie de venir le présenter à Cannes. Il nous a réservé sa première mondiale et nous en sommes très fiers.

Le Festival a-t-il vraiment besoin de ce type d'événements ?

Cannes a besoin d'Indiana Jones. Les films sont solidaires entre eux : le glamour renforce les films d'auteurs et leur donne une meilleure exposition. Et puis, ces distinctions sont toujours délicates. Spielberg n'est-il pas aussi un auteur ? Le dernier film d'Abdellatif Kechiche (La Graine et le Mulet N.D.L.R.) a fait 900 000 entrées. Beaucoup de films dits « populaires » ou « grand public » auraient aimé en faire autant. Les cinéastes les plus populaires du monde, ce sont Fellini et Chaplin. Et ce sont aussi de grands auteurs.

Ph. D
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