C'est un avion de ce type, parti de l'aérodrome de Cuers (ci-dessus), qui a été mis en cause par un membre de la sécurité présidentielle. : Photo Christian Talon Si l'expérience d'un survol du Var vous tente, surtout, évitez les périodes de vacances présidentielles. Un conseil dont quatre touristes auraient bien dû s'inspirer hier, avant de partir à la découverte aérienne du golfe de Saint-Tropez depuis l'aérodrome de Cuers.
Car la simple balade de quelques minutes dans l'azur méditerranéen, à l'heure du déjeuner, a vite tourné à la mauvaise farce : de retour sur le tarmac cuersois, une jeune pilote parisienne de 25 ans et ses trois passagers, originaires du Nord - une femme et deux hommes - partis faire une boucle à bord d'un Cessna au-dessus du « village people » varois, ont eu la désagréable surprise d'être accueillis par une cohorte de gendarmes.
Pas de clichés compromettants
Avaient-ils commis un crime ? Pas vraiment, si ce n'est de lèse-majesté puisqu'ils étaient soupçonnés d'avoir survolé la résidence du cap Nègre, un domaine ultra-privé où le couple Sarkozy séjourne depuis le 28 juillet dernier dans la demeure familiale de Carla Bruni. Une zone, de fait, totalement interdite de survol (1).
Le petit avion de tourisme avait-il été repéré en infraction par la tour de contrôle de l'aéroport d'Hyères, en charge de faire respecter la réglementation aérienne sur le secteur ?
Que nenni ! C'est un membre de la sécurité présidentielle, de faction et échaudé par un précédent (2), qui a alerté les autorités. Motif officiel : le Cessna aurait « traversé la propriété présidentielle à très basse altitude ».
Aux alentours de 13 heures, à leur atterrissage à Cuers, les quatre passagers ont donc été cueillis comme des suspects, non seulement pour produire leurs pièces d'identité et autre brevet de pilotage, mais aussi leurs appareils photos... dans lesquels les enquêteurs ne trouveront aucune trace, pas plus d'espionnage que de violation de l'intimité présidentielle.
Libérés vers 20 heures
L'affaire aurait pu s'arrêter là, mais voilà : une fois lancée, difficile de stopper une procédure relevant de la sécurité du chef de l'État. Nos quatre touristes ont donc dû attendre patiemment l'arrivée des seuls gendarmes habilités à conduire ce type de mission de haut vol car diligentés par le Parquet de Toulon : ceux de la brigade de gendarmerie des transports aériens de Nice.
Quelques heures et auditions plus tard, soit un peu avant 20 heures (quand même), nos quatre téméraires touristes sortaient, libres, des locaux de la brigade de gendarmerie de Pierrefeu. Et pour cause : le traçage radar venait de confirmer la régularité de leur vol, en limite externe de la zone interdite.
« Une tempête dans un bocal », commentera à chaud le parquet de Toulon... même si l'absence d'infraction devra être confirmée, ce matin, par les savants calculs « des positions GPS du témoin et de l'avion ».
Une fastueuse débauche de moyens et un zèle patenté...
Car pendant ce temps, Nicolas Sarkozy et son épouse déjeunaient tranquillement ailleurs, à l'abri des regards, dans la résidence présidentielle officielle du fort de Brégançon, avant une sortie en mer et un salvateur petit bain digestif.
1. Depuis le 7 juillet et jusqu'au 15 septembre, le survol du cap Nègre est interdit. Les infractions sont passibles d'amendes entre 15 000 et 45 000 euros et d'une peine de six mois à un an de prison.
2. En début de mois, un pilote d'ULM de 36 ans avait été repéré au-dessus du cap Nègre. Interpellé sur l'aérodrome de Fayence, il avait été entendu par les gendarmes.