C'est dans cette flaque d'eau de mer à Porquerolles que les trois bébés mérous ont été trouvés. : Pour les néophytes, la nouvelle peut paraître banale. Après tout, quoi de plus normal que la présence de poissons juvéniles sur les côtes varoises.
Mais pour tous ceux qui s'intéressent à la sauvegarde des espèces animales menacées de disparition, la découverte récente de trois « bébés mérous » dans les eaux porquerollaises devient un événement, sinon miraculeux, du moins exceptionnel. Et pour cause : voilà bientôt dix-huit ans (lire notre encadré) que des « progénitures » de cette espèce protégée, donc interdite de pêche, n'avaient pointé leurs écailles sur notre littoral.
Autant dire que cette triple apparition est savourée à sa juste valeur par les scientifiques et les protecteurs de l'environnement.
De trois à cinq centimètres de long
Lundi 1er septembre, Antoine Bezile, un jeune Porquerollais passionné par la mer, dit avoir observé trois bébés mérous dans une flaque littorale sur la côte porquerollaise.
Avertis, les agents du Parc national de Port-Cros se rendent illico sur les lieux pour vérifier la présence effective de ces trois juvéniles et les identifier. Conscients qu'une telle observation est rarissime sur les côtes méditerranéennes françaises.
Et là, pas d'hésitation ! Jean-Georges Harmelin, président du groupe mer du Conseil scientifique du Parc national de Port-Cros est formel : ces petits poissons de trois à cinq centimètres sont bel et bien de mérous bruns (Epinephelus marginatus) de l'année.
Les scientifiques revoient leur copie
Cette observation, comme la précédente, remet de fait en question l'hypothèse, formulée par les scientifiques, que « les mérous bruns de Méditerranée ne pouvaient pas se reproduire au nord de la latitude 41°5'N, c'est-à-dire approximativement une ligne Barcelone-Rome ».
Ils pensaient en effet que le renouvellement des populations se faisait par migrations le long des côtes, du sud de la Méditerranée vers le nord.
Cette hypothèse n'est donc plus d'actualité et on peut d'ores et déjà avancer quelques explications sur la présence de ces jeunes mérous à Porquerolles.
Une population en hausse de 400 % à Port-Cros
Tout d'abord, il y a « l'effet réserve », lié à la proximité du Parc national de Port-Cros où la population de mérous bruns est de plus en plus importante.
Ainsi, de 93 individus recensés en 1993, on est passé à 410 individus en 2002 et à 473 en 2005, soit une augmentation de 400 %.
En douze ans, la population a donc été multipliée par cinq. Elle est constituée de mérous de toutes tailles, de tous âges, y compris à très faibles profondeurs, entre un et dix mètres.
Cette concordance de deux phénomènes, à savoir une grande abondance et une bonne structure démographique de la population des mérous bruns à Port-Cros, est le résultat le plus probant du succès de la protection mise en place depuis 1963.
Les spécialistes aux aguets
L'effet réserve se manifesterait ainsi par une « exportation » de poissons de la réserve vers l'extérieur. Et les premières bénéficiaires ne sont autres que les eaux voisines de Porquerolles, peu éloignées et en aval de la courantologie dominante.
Difficile, aussi, de ne pas raccrocher cette observation au phénomène de réchauffement climatique, sachant que les eaux « chaudes » sont plus propices à la naissance des mérous.
Le moratoire sur les mérous, et sa prolongation récente, joue aussi un rôle dans la reconstitution des stocks de reproducteurs en dehors des zones marines protégées.
Enfin, l'instauration de l'aire marine protégée de Porquerolles en 2006, bien que très récente, est aussi un facteur positif qui contribue à apporter une partie de la réponse.
Voilà de quoi conforter les protecteurs de l'environnement dans leur politique. Et, pour les jeunes générations, d'espérer que, malgré les erreurs passées, tout n'est pas perdu...
Depuis, les agents du Parc sont particulièrement attentifs et observent des milieux similaires à Port-Cros et à Porquerolles afin d'y déceler d'autres naissances de mérous. Les membres du Groupe d'étude du mérou, le Gem, sont donc aux aguets sur tout le pourtour de la Méditerranée française.