Jean-Louis Masson et son équipe municipale ont présenté hier le programme des festivités, qui mentionne, par exemple, des « contrôles d'identité par l'armée allemande de l'époque »... : Photo Patrick Blanchard «Vivez l'Occupation de La Garde par les Allemands comme en 1942 ! (sic) » En lisant ces quelques mots en haut de l'imprimé les invitant à assister les 22 et 23 août prochains aux traditionnelles fêtes de la Libération, les Gardéens ont déjà dû halluciner.
En découvrant, un peu plus loin sur le même document, les détails de la manifestation, ils ont certainement dû se pincer pour se convaincre qu'ils n'étaient pas en train de faire un mauvais rêve. Jugez plutôt. Accompagné de la mention « Nouveau ! » - en caractères gras s'il vous plaît - le feuillet évoque pêle-mêle des « arrestations de résistants », la « distribution de tickets de rationnement », des « contrôles d'identité par l'armée allemande de l'époque » et - clou du spectacle - « la présence de la Gestapo » (sic) !
Pas de débat dans le monde combattant
Confinées jusqu'à présent aux seuls événements joyeux de la Libération - les robes fleuries des jeunes Françaises virevoltant à l'occasion d'un rock endiablé avec les boys, par exemple - les cérémonies commémoratives proposées cette année par la mairie de La Garde ont de quoi surprendre. Voire choquer.
C'est le cas de Sophie Reynaud, secrétaire de section du parti communiste français. Revenant sur « la présence de la Gestapo », cette conseillère municipale d'opposition déclare : « Patriote, petite-fille de résistant, j'ai honte pour La Garde. »
Les Gardéens en âge d'avoir connu la Seconde Guerre mondiale se montrent pour leur part plus modérés. Si évoquer l'Occupation ne leur rappelle bien évidemment pas de bons souvenirs, ils affirment, pour la plupart : « C'est la réalité, il faut en parler. »
Si ça ne la dérange aucunement, bien au contraire (« pour les jeunes de maintenant, c'est bien, ça leur montre comment ça se passait à l'époque »), Nicole Navarro - « 2 ans au début de la guerre, 8 ans à la fin » - reconnaît néanmoins que « l'affaire n'a pas plu à tout le monde ».
Associé à la manifestation en tant que président du comité de coordination des Anciens combattants et associations patriotiques, Noël Gobert confirme. « Du côté des Anciens combattants, ça n'a pas fait débat. Personnellement je n'ai pas eu de remontées. Mais l'idée de procéder à des arrestations en ville a généré une petite gêne. Il y a eu un début de polémique. »
« Mauvaise communication »
Face au mécontentement naissant, le maire Jean-Louis Masson (UMP), qui nie toute volonté de sa part de rechercher la polémique, aurait finalement décidé de concentrer l'ensemble des saynètes indésirables dans le jardin Veyret. À l'abri des regards en quelque sorte... Hier, lors de la conférence de presse de présentation des festivités liées à la libération de La Garde, plus aucune ligne sur l'Occupation n'apparaissait, en tout cas sur le programme officiel des commémorations.
Gérard Pastor, adjoint aux manifestations patriotiques, va plus loin dans les explications : « Il y a eu une mauvaise communication sur le sujet. On n'a pas suffisamment insisté sur le fait que ce sont des acteurs qui joueraient les scènes d'arrestation, que la population ne serait que spectatrice. Quant au terme "Gestapo", il n'avait pas lieu d'apparaître sur les documents municipaux. Il nous a malencontreusement échappé. » Faute avouée, à moitié pardonnée ?