Les membres locaux de plusieurs associations qui militent contre les OGM se sont réunis hier à Hyères. Ils redoutent la contamination de la nature avec ces organismes. Ils craignent, par exemple, l'arrivée de colza génétiquement modifié dans le haut Var. Mais aujourd'hui, aucune exploitation n'a franchi le pas dans le département. : Patrick Beaudet Les agriculteurs varois résisteront-ils longtemps encore aux chants des sirènes des semenciers estampillés OGM ? La question reste plus que d'actualité, même après le rejet du projet de loi, hier, sur la réglementation des organismes génétiquement modifiés (1), après des semaines de controverses. Cette loi visait notamment à clarifier les conditions de mise en culture des plantes transgéniques et leur coexistence avec les productions conventionnelles.
À ce jour, aucune exploitation varoise n'a encore tenté l'aventure transgénique. La mutation génétique n'a pas fait d'émules dans le département qui compte le plus célèbre village bio de France : Correns.
Quatre communes sont entrées en résistance
Au contraire, ces dernières années, les « anti-OGM » sont entrés en résistance. Dès 2001, quatre communes varoises vont plus loin.
À Barjols, Claviers, Le Thoronet et Puget-Ville, les maires invoquent le principe de précaution pour édicter des arrêtés municipaux interdisant sur leurs terres les cultures de plantes génétiquement modifiées. D'autres communes suivront. En vain. Ces actes seront tous invalidés par le tribunal administratif.
Aujourd'hui, constate, Georges Baroni, responsable du collectif anti-OGM, « rien ne garantit que le Var ne reste longtemps hors du circuit OGM. La nouvelle réglementation va permettre l'introduction des OGM pour la vigne, les peupliers - à la demande des papetiers, pour assurer la production en taillis ! -, Mais aussi, pourquoi ne pas imaginer l'utilisation pour le riz en Camargue. » Le viticulteur craint l'emploi de colza modifié dans le haut Var : « Ce serait une catastrophe car cette variété existe dans la nature. La dissémination entraînerait un désordre écologique. »
Il rappelle que les semences OGM peuvent se répandre à plusieurs centaines de kilomètres à la ronde, avec l'impossibilité de contrôler les flux de pollens. « Comment protégera-t-on les exploitants de bio ou les exploitants dits conventionnels ? » La loi prévoyait toutefois la responsabilité de l'agriculteur « pro-OGM ». Mais quid de la garantie financière et de l'implication des assureurs dans ces conflits ? « Là encore, les semenciers s'en sortent bien. Ils ne sont pas responsables. Tout repose sur les exploitants. »
« Pas de délit de contamination »
D'un autre côté, la coercition envers les faucheurs des plantes transgéniques se durcit, avec des peines et des amendes multipliées par trois. « C'est curieux, il n'existe pas de délit de contamination. » Selon George Baroni, le dossier OGM s'apparente ici à Tchernobyl. « On essaie de nous faire croire que les OGM resteront sagement dans le terrain qui leur sera désigné. Pense-t-on aux conséquences ? »
Quant à connaître, à l'avenir, l'implantation des parcelles dites OGM, l'inquiétude est toujours à l'ordre du jour. Elles devront logiquement être enregistrées sur le cadastre agricole. La nouvelle mouture législative prévoyait l'information des tiers par le biais d'un registre national public et accessible, « indiquant la nature et la localisation à l'échelle des parcelles ».
1. Les députés ont adopté, hier après-midi, une question préalable - déposée par le parti communiste - sur le projet de loi sur les OGM, signifiant le rejet du texte en deuxième lecture, alors qu'il avait été adopté par le Sénat.